La grande toilette de la centrale électrique à Doniambo

ÉNERGIE. La SLN investit 5 milliards de francs pour prolonger la durée de vie de la centrale B à Doniambo. Une obligation, le temps que la nouvelle installation au gaz arrive. Le chantier mené avec Enercal est d’une ampleur rare.

Une fois passé la porte, la lumière tombe et les décibels grimpent. Des techniciens casqués et gantés s’affairent sur les conduites. Des tubes, plus ou moins gros, plus ou moins brillants, il y en a des centaines. « Le chantier est important », observe Jérôme Fabre, directeur général de la SLN. De par son ampleur, son enjeu, et son montant. La filiale d’Eramet investit 5,3 milliards de francs sur deux ans, 2017 et 2018, pour prolonger la durée de vie de la centrale électrique à Doniambo. Livrée en 1972, l’installation au fioul est âgée, et une échéance essentielle approche, du type contrôle technique, les « décennales ». L’idée actuelle est donc de préparer l’équipement à passer cette épreuve et à opérer quelques années de plus, le temps que la nouvelle centrale « pays » au gaz entre en fonctionnement aux alentours de 2022, d’après la SLN.

Le calendrier est ciselé. Les quatre tranches de ce poumon électrique vont être traitées : « B2 » vient d’être soignée, « B1 » est aujourd’hui en travaux, avant « B3 » et « B4 » l’an prochain. Par « traiter », il faut entendre rénovation, remise à neuf d’une partie des éléments. Sur le chantier, beaucoup de professions se croisent, « des électriciens, mécaniciens, thermiciens… », énumère Paul Lawi, chef du service gestion de l’énergie à la Société-Le Nickel. « Pour la chaudière, vous avez « la thermique ». Pour la turbine, vous avez « la mécanique ». Pour la production électrique, vous avez, par définition, la partie électrique ».

Au cœur de « la cathédrale »

Au pic du chantier, environ 90 techniciens travaillent sur une tranche de la centrale. Des locaux, des représentants des fournisseurs, mais aussi des équipes d’Enercal, entreprise qui exploite cette installation depuis 50 ans, ou encore des spécialistes étrangers. Comme à l’étage, au cœur d’une des quatre chaudières.

Sombre, haute de 20 mètres, sur quinze de profondeur, la salle dans laquelle la chaleur est extrême en temps normal, est affectueusement baptisée « la cathédrale ». Sans doute pour ses tubes aux faux airs d’orgues majestueux. Équipés, silencieux, trois agents polonais, spécialisés dans la soudure de précision, sont concentrés sur leur tâche. Les étincelles n’effraient plus. Et un effort est attendu. Bientôt, des « épingles de surchauffeurs » dans le jargon, en acier résistant à très forte température, seront envoyées dans les airs. L’affaire pèse une tonne. Au total, dix semaines seront passées sur cette tranche. S’en suivra une étape spectaculaire pour les Nouméens, lors du nettoyage interne des tuyauteries par des « chasses vapeur ». Probablement mi ou fin juillet. Des fumées importantes et des bruits inhabituels à Doniambo avaient surpris en avril dernier, durant la première manœuvre sur « B2 ».

L’usine de la SLN continue elle à tourner. Le besoin d’électricité est permanent, la vie des fours en dépend. « Nous avons des équipes dédiées à la marche normale des installations, et elles doivent cohabiter avec les équipes « chantier », juste à côté » note Thierry Leroux, chef de la centrale et cadre chez Enercal. « Cela demande donc beaucoup de coordination ». Cette centrale électrique, dite « B », est condamnée à être arrêtée, à l’heure où le nouvel outil au gaz prendra le relais.

Quelle future centrale électrique?
Le projet de la nouvelle centrale de Doniambo se précise.

Privilégiée, puis écartée, l’option du gaz comme combustible de la future centrale électrique de Doniambo est réapparue, et est, aujourd’hui, retenue. La centrale électrique sera réalisée en dehors d’Eramet. A la suite d’un engagement sur le site même de la SLN, l’Etat a apporté, en fin d’année, sa garantie à la réalisation de la centrale électrique au gaz, dans la limite d’un emprunt de 320 millions d’euros, ou 38 milliards de francs.

Filiale à 100 % d’Enercal, la société Nouvelle-Calédonie Énergie, NCE, a obtenu la garantie de l’État. Deuxième étape, la mise en place de l’Agence calédonienne de l’énergie, dont la création a été adoptée à l’unanimité du Congrès en janvier. Ensuite, cette Agence calédonienne de l’énergie, un établissement public, prendra la majorité, 51 %, au sein de NCE. La SLN a vocation à participer à hauteur de 10 %. Des investisseurs publics et privés seraient attendus pour près de 40 % du capital. La Caisse des dépôts et consignations pourrait être tentée.

NCE aura deux filiales. L’une pour la construction et l’exploitation de la centrale électrique au gaz. L’autre pour l’installation de stockage et de regazéification.

Enercal sera actionnaire – très minoritaire – de ces deux sociétés. Toutefois, le producteur, transporteur et distributeur d’énergie électrique, sera exploitant de la centrale au gaz.

L’investissement global est estimé à environ 50 milliards de francs : 40 milliards en faveur de la centrale électrique, et 10 milliards pour l’installation de stockage et de regazéification. Un objectif était affiché en février : une ouverture de la centrale électrique au gaz au deuxième trimestre 2021. La SLN évoque plutôt 2022.

Il a été demandé à l’Agence des participations de l’État (APE) de transmettre une liste de bureaux d’études nationaux et internationaux spécialisés dans ce type de centrale électrique. A été lancée une consultation, afin d’identifier à terme des experts capables de manager le dossier. 2017 sera l’année de la réalisation des études techniques et du montage financier nécessaires au lancement des appels d’offres. Avant 2018, temps réservé au choix des entreprises et au début de la construction.

90 pourcents.

La centrale de Doniambo a le meilleur taux de marche du territoire, quasiment 90 %, précise la SLN qui ajoute : le reliquat, ce sont des arrêts pour maintenance programmée ; les pannes, le fortuit, arrivent peu, (inférieur à 3 %).

Vitale

L’électricité est vitale pour la SLN, disposant d’un procédé électro-intensif avec trois fours électriques. D’où la centrale électrique « A » à proximité, puis l’actuelle « B ». Cette installation fournit 80 % de l’électricité de la filiale d’Eramet, le reliquat de 20 % provenant du barrage hydroélectrique de Yaté. Le paramètre est important dans l’équation SLN, puisque l’électricité représente environ 30 % de son coût de revient.

Enercal gère la centrale B pour le compte de la SLN, « une coopération extrêmement aboutie entre les deux sociétés » se félicite Jérôme Fabre, directeur général de l’entreprise minière et métallurgique. Vente d’électricité à la distribution publique, délestage pour l’équilibre du réseau, effacement… différentes formules existent.

LNC, 21.06.2017

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