« Ce qui est en jeu, c’est le maillage des pharmacies et l’accès aux soins dans le pays », « SANTÉ PHARMACIENS » LNC 01.03.2019

Christophe Delest (à droite) est le président du syndicat des pharmaciens (SPNC), dont Mathieu Noël est le secrétaire (à gauche).

« Il y a eu sur cette période, un effet de bulle, une bouffée d’oxygène, mais qui a été très temporaire. »

Une note de l’IEOM pointe une « rentabilité financière solide » des pharmacies sur la période 2014-2016 malgré des « délais de paiement très longs » . Le Syndicat des pharmaciens, qui interpelle sur la fragilité actuelle de certaines officines, remet cette étude dans son contexte. La note de l’IEOM parue la semaine dernière pointe que les pharmacies avaient en 2016 un « bon niveau de rentabilité » . Cette analyse vous semble-t-elle pertinente ?

Cette étude s’appuie sur 51 pharmacies alors que le territoire en compte 69. Comme souvent, les officines en difficulté sont celles qui ont le moins répondu et cela a forcément de quoi fausser les résultats. Mais surtout, l’étude, qui est tout de même très nuancée sur cette question de rentabilité, prend en compte le segment 2014-2016, durant lequel nous étions au début du gel des prix. Il y a eu sur cette période un effet de bulle, une bouffée d’oxygène, mais qui a été très temporaire.

L’étude pointe efectivement une hausse des marges sur la période…

Le gel des prix a pu faire augmenter les marges un temps, mais à partir de fin 2016, elles se sont effritées rapidement. Et pour beaucoup d’officines, qui ont des charges importantes et des emprunts à rembourser, la situation

est devenue difficile. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que le gel des prix qui a été mis en place en octobre 2014 était vital pour les pharmacies à ce moment-là. D’abord parce que le secteur avait pris de plein fouet la loi Robineau de 2012 qui avait fait chuter le prix des médicaments de 9 %. Ensuite parce que la réglementation métropolitaine a changé en 2014 et tire depuis les prix fabricant à la baisse. En Métropole, un nouveau mode de rémunération des pharmaciens a été mis en place. Il paraissait difficile à appliquer en Nouvelle-Calédonie. Mais une réforme du mode de calcul du prix des médicaments a tout de même été lancée, avec ce gel le temps des discussions.

Il y a eu une longue confrontation sur les coeicients qui permettent de déterminer le prix des médicaments et la marge des pharmaciens. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le nouveau mode de calcul a finalement été mis en application en mars 2018. On savait que les coefficients choisis par le gouvernement présentaient des contradictions mais une étude d’impact et une clause de revoyure sur six mois nous avaient été promises. En juin, le syndicat des pharmaciens et l’ensemble des “payeurs” (Cafat, provinces, mutuelles, Dass…), se sont réunis au sein d’un Copil. Et se sont accordés sur un constat : les objectifs de baisse des dépenses allaient être dépas- sés et beaucoup d’officines allaient être en difficulté. Ce qui a été proposé, c’est de revoir la première tranche de coefficient. Le problème c’est que le gouvernement a mis six mois à appliquer cette mesure, effective seulement depuis janvier de cette année.

Quelle est la situation des pharmacies aujourd’hui ?

Certaines officines sont fragilisées, surtout celles qui ne travaillent que sur le médicament : les pharmacies des Îles, de Brousse, mais aussi de nombreux quartiers populaires du Grand Nouméa. L’année dernière, on a une pharmacie qui a fermé, à Pouébo, et quatre autres sont aujourd’hui soit en sauvegarde, soit en redressement judiciaire. C’est unique dans l’histoire du pays. Il y a un travail permanent avec les payeurs publics pour déterminer des objectifs communs de dépenses pour le secteur

pharmaceutique. Et pour voir ensemble comment les atteindre sans mettre en péril les officines. Ces discussions doivent continuer en bonne intelligence. De notre côté, on reste vigilant face à d’autres réflexions qui sont en cours – notamment le travail sur le livret thérapeutique* – et qui pourraient avoir un impact sur la santé financière du secteur.

Ce qui est au centre des discussions, finalement, c’est de savoir si tous les pharmaciens fournissent un efort suisant face aux diicultés actuelles du Ruamm…

Cet effort est là et les chiffres le montrent. Entre 2010 et 2015, on était le seul secteur qui présentait une baisse des dépenses de santé. Et depuis, on est un des rares secteurs à avoir une augmentation qui suit l’inflation. De toute façon, le prix des médicaments en Nouvelle-Calédonie est basé sur le prix fabriquant métropolitain. S’il y a une volonté de baisse du prix du médicament au niveau national elle se retrouvera forcément en Nouvelle-Calédonie. À nous de ne pas nous tromper et de prendre les mesures nécessaires pour ne pas mettre à mal le maillage des pharmacies dans le pays. C’est ça qui est en jeu : le réseau officinal, et l’accès aux soins de tous les Calédoniens.

Propos recueillis par Charlie Réné

*Cette mesure, à l’étude, viserait à restreindre le nombre de références remboursables dans chaque famille de médicaments.

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