Nouvelle-Calédonie : le nickel, enjeu stratégique avant les élections provinciales, Le Monde 15.04.2019

Le gouvernement collégial doit prendre mardi des décisions sur l’avenir de la filière, qui auront des conséquences politiques.

C’est peut-être un tournant pour l’avenir industriel de la Nouvelle-Calédonie. Un avenir qui repose en grande partie sur l’exploitation de la filière du nickel, dont ce territoire français du Pacifique, doté d’une large autonomie, est le cinquième producteur mondial. L’enjeu est d’autant plus important que doivent avoir lieu, le 12 mai, les élections provinciales, qui détermineront la composition du Congrès et du gouvernement du territoire, ceux-là mêmes qui devront négocier la sortie de l’accord de Nouméa du 5 mai 1998, alors que le référendum sur l’indépendance du 4 novembre 2018 a donné une majorité de 56,4 % en faveur du non.

Mardi 16 avril, les onze membres du gouvernement collégial de Nouvelle-Calédonie doivent se prononcer sur la demande de la Société Le Nickel (SLN), filiale du groupe Eramet et opérateur historique du nickel calédonien, d’exporter 2 millions de tonnes de minerai brut en 2019 – contre 1,2 aujourd’hui –, 3 millions en 2020 puis 4 millions de tonnes annuelles à partir de 2021 et au cours des huit années suivantes. Aux abois après avoir accumulé 120 milliards de francs CFP (1 milliard d’euros) de pertes sur les sept derniers exercices, la « vieille dame », sobriquet de l’entreprise fondée en 1880, tente de sauver sa peau en augmentant ses ventes de minerai en Asie pour éponger les déficits de son usine métallurgique, Doniambo, poussiéreux mammouth à l’entrée de Nouméa.

Pour Christel Bories, la PDG d’Eramet, « le temps est compté ». « Au premier trimestre 2020, nous n’aurons plus de trésorerie. On ne pourra pas attendre de ne plus avoir d’argent dans les caisses pour engager une procédure de sauvegarde auprès du tribunal de commerce », a-t-elle mis en garde.

Le problème, c’est que ce « nouveau modèle économique » de la SLN, consistant à augmenter l’export de minerai brut, se heurte à la « doctrine nickel » que les indépendantistes prônent avec constance depuis vingt ans. Dimanche, Paul Néaoutyine, l’influent président indépendantiste de la province Nord, a taxé les plans de la SLN, emblème du colonialisme aux yeux des Kanak, de « politique de la terre brûlée ».

Lourd passif environnemental
Les indépendantistes prônent l’« optimisation de la valorisation de la ressource minière » autour de deux principes : la transformation sur place des minerais à haute teneur, dont le symbole est l’usine Koniambo, codétenue par la Société minière du Sud Pacifique (SMSP) située dans la province Nord, et le géant Glencore, et l’exportation des minerais à faible teneur dans des usines offshore au sein desquelles le « pays » a une participation majoritaire. En Corée du Sud, la SMSP détient 51 % d’une usine métallurgique en partenariat avec l’aciériste Posco, qui, en retour, a obtenu 49 % du domaine du mineur calédonien.

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