Le Smur ou l’hôpital qui vient à vous, « Cafat : santé » LNC 26.04.2019

A l’arrière de l’ambulance du Smur, ici lors de la prise en charge d’une fillette de 10 ans, on retrouve tout le matériel de réanimation.
L’équipe volante du Samu, le Smur (Service mobile d’urgence et de réanimation) réalise près de 2 000 sorties par an. Tous les jours, des médecins, des infirmiers et des ambulanciers se relayent, testent le matériel et se tiennent prêts à tout moment à partir en intervention sur le feu vert du Samu. Reportage.

«Une fillette de 10 ans inconsciente au bord d’une piscine » alerte une assistante de régulation médicale (ARM) sur la plateforme téléphonique du Samu de Koutio, communément appelé Centre 15. Faisant signe de la main au médecin régulateur, la jeune femme vient d’actionner un « vecteur » , jargon qui désigne un moyen de transport aérien ou terrestre. Toutes sirènes hurlantes, une ambulance s’engage deux minutes plus tard sur la voie rapide. A bord ? Un médecin, un ambulancier et une infirmière : l’équipage type du Smur (Service mobile d’urgence et de réanimation), bras armé du Samu.

A la piscine, l’apparition soudaine des hommes en blanc n’interrompt pas l’entraînement des petits nageurs, mais fait forte impression. Cernée par les secouristes, la fillette tremblante est prise en charge, puis évacuée en civière. « Elle a senti venir le malaise dans l’eau et elle a essayé de

sortir, explique Evelyne Sanchez, l’infirmière. On va quand même vérifier ses poumons et le taux d’oxygène dans son sang. »

Entre-temps, le médecin régulateur réévalue la situation en fonction des retours du terrain. Résultat : rien de grave. « C’est un cas d’aquastress, elle n’a pas inhalé de liquide, rassure Guillaume Dureau, médecin de régulation. Mais ces infos-là, on les a après. Une enfant inconsciente au bord d’une piscine et des pompiers déjà engagés : on ne réfléchit pas, on déclenche. » Quitte à se retrouver avec un seul véhicule. En position de départ, un Ford Ranger récemment acquis attend patiemment son tour. Mais contrairement à l’ambulance, il permet d’engager une équipe, pas de ramener un patient, faute d’habitacle arrière. Bien entendu, les options du Samu ne se résument pas à une flotte de deux véhicules.

ON TROUVE TOUJOURS UNE SOLUTION

Nombreux, les moyens quadrillent presque tout le pays. « On peut utiliser les ambulances privées, ou celle des sapeurs pompiers quand ils en ont une, il y a aussi SOS médecin… On trouve toujours une solution qui repose sur le travail de recherche des ARM », précise le docteur de permanence (lire par ailleurs). Si les vecteurs terrestres sont réservés au Grand Nouméa (sauf exception), les vecteurs aériens, l’hélicoptère, couvrent toute la province Sud et éventuellement les Loyauté. Posté sur le toit des urgences du Médipôle, l’appareil rouge et blanc du Service médical d’urgence par hélicoptère (SMUH), assuré par Hélicocéan, se tient prêt à décoller dans les dix minutes. Plus rapide, il va aussi plus loin, permettant de déposer les tout premiers secours sur place.

LE CONTRÔLE DU MATÉRIEL

« Il y a sans aucun doute plus de confort pour le patient, mais aussi pour les équipes, c’est presque du luxe aujourd’hui », commente Jacob Gope, 54 ans. Employé au CHT GastonBourret depuis 30 ans, l’ambulancier du Smur a vu arriver le progrès de la technologie. « Aujourd’hui, on peut mettre beaucoup plus de choses dans les fourgons, on peut baisser le camion et mettre sur le brancard des personnes de plus de 200 kilos, alors qu’avant on se cassait le dos. »

Pas de journée type pour les équipes du Smur qui se relayent en permanence. « On ne sait jamais comment va se passer la journée, confie Emilie, une infirmière. C’est ça aussi qui est grisant. » Seule routine, le contrôle du matériel : premier geste de la journée. « On teste et on re-teste tout. Le respirateur artificiel, le défibrillateur, les bouteilles d’oxygène… reprend Jacob. On ne peut pas arriver en intervention avec une bouteille vide. On n’a pas le droit à l’erreur. »

« Une enfant inconsciente au bord d’une piscine, des pompiers déjà engagés : on ne réfléchit pas, on déclenche. »

Le centre 15, ces voix qui vous raccrochent à la vie

Indissociable des urgences, le Samu (Service d’aide médicale urgente) centralise au numéro 15 tous les appels d’urgence du pays 24 heures/24.
Le drame de Naomie Musanga, décédée en décembre 2017 après une négligence du service d’urgence de Strasbourg n’a pas échappé au Samu du CHT. « Entre les simples renseignements, les blagues, les appels malveillants ou d’ordre social, et les personnes qui sont vraiment en détresse… Quand on est surbooké, on n’est pas à l’abri d’une erreur » glisse Héléna. L’assistante de régulation médicale (ARM) pourtant le sait.

Elle n’a pas droit à l’erreur. Au Samu (Service d’aide médicale urgente) qui centralise au numéro 15 tous les appels d’urgence du pays

24 heures/24, on est tenu de répondre à tous les coups de fil. Sur la plateforme téléphonique, les sonneries résonnent ainsi en permanence. Au bout du fil, ce sont les ARM qui réceptionnent l’appel et qui font le tri en évaluant le degré d’urgence : de la simple demande de renseignements à la détresse vitale, en passant par l’urgence « ressentie » . « Il y a les impressions des témoins fébriles, paniqués, ou des mots-clés… Lorsqu’elles entendent par exemple “piéton – renversé – SAV”, ou “fillette, malaise, piscine”, elles déclenchent un “SMUR réflexe”, c’est-àdire l’envoi instantané de moyens, développe Guillaume Dureau, médecin de régulation. Elles peuvent aussi interrompre ma régulation, si elles ont un cas plus grave au téléphone. » Premier maillon de la chaîne de secours, c’est l’assistant privilégié du médecin régulateur. Pompiers, haussariat, ambulance, Sécurité civile… Leur vaste carnet d’adresses couvre tout le pays. Dans un contexte d’urgence, les ARM doivent maîtriser leur stress et tenter de gérer celui des appelants, parfois en panique à l’autre bout du fil. Leur priorité : obtenir une localisation. La plus précise possible. Ce que les appelants ont souvent du mal à comprendre. « C’est compliqué de garder le contrôle de la régulation et de demander l’adresse quand vous avec quelqu’un en face qui panique, reconnaît Héléna, déjà à son sixième appel pour trouver une ambulance. Ma plus grande crainte, c’est que l’appelant raccroche sans que j’ai eu l’adresse et de tomber sur son répondeur quand je rappelle. Dans ces cas-là, tu pries… »

Si les Calédoniens sont « globalement raisonnables », les ARM rappellent qu’il ne faut pas abuser du 15. « Le dimanche neuf fois sur dix, on a des appels pour la pharmacie ou le médecin de garde, rapporte Guillaume Dureau. Pendant que les ARM sont mobilisés au téléphone, la ligne est occupée et il y a peut-être un motard renversé à deux pas de l’hôpital. Quelques minutes d’attente au bout du fil, c’est une éternité quand vous voyez quelqu’un partir. »

Alors que le métier se professionnalise en Métropole, en Calédonie où la fréquence des appels est en hausse, les assistants régulateurs souffrent d’un certain manque de reconnaissance.

Des voix réclament notamment leur passage en catégorie B. « C’est un métier extrêmement stressant, très exposé, mais qui n’est pas assez valorisé, » souligne Fabrice Lecourieux, de l’Usoenc santé. Un préavis de grève listant dix points de revendications a été déposé le 10 avril. Des négociations sont attendues dans les prochains jours.

« Le dimanche neuf fois sur dix, on a des appels pour la pharmacie ou le médecin de garde. »

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