« Il faut revoir nos modes de développement économique kanak pour apporter de la richesse », « Cafat / santé  » LNC 07.05.2019

ENTRETIEN AVEC Omayra Naisseline, Dynamique autochtone (LKS)

C’est la première fois que vous vous présentez en politique. Pourquoi vous engagez-vous ?
Dynamique autochtone est soutenue par nos aînés, mais les jeunes sont la nouvelle alternative. Il n’y a que des nouveaux visages, à part celui de Basile Citré. Nos colistiers sont des personnes diplômées. Ce sont des représentants de la société civile, surtout économique. C’est pourquoi il n’y a pas eu d’alliance avec le Parti travailliste. Nous sommes dans une stratégie d’ouverture à des jeunes qui soutiennent des projets réalistes.

Il y a six listes indépendantistes. Qu’est-ce qui vous différencie des autres partis ?
On partage le même ADN avec les autres indépendantistes, mais ce qui nous différencie, c’est qu’on ne s’inscrit pas avec un gros bloc politique. On porte un nouveau regard sur la politique et on a de nouvelles compétences. On veut notamment mettre en valeur des modèles économiques adaptés à nos tribus et à notre environnement. On doit suivre la modernisation à notre échelle et adaptée à nos tribus.

L’économie tient une place prépondérante dans votre programme. Quels sont vos aspirations et vos projets concrets ?
Il y a des secteurs à réorganiser comme le tourisme et il faut revoir nos modes de développement économique kanak pour apporter de la richesse. Il y a des choses qui ont été faites, comme les unités de conditionnement des produits agricoles et de la mer. Mais aujourd’hui, les deux unités sur Maré sont fermées. La structure est là, mais comment relancer cet outil qui répond à un besoin ? Les agriculteurs sont surchargés de produits et ne savent pas quoi en faire. Donc il faut aider à l’écoulement des produits et à leur commercialisation. Nos pêcheurs ont besoin de pêcher. Des bateaux ont été financés, mais comment ensuite commercialiser, transformer ces produits ? C’est ce qu’on veut mettre en place.

Quelles sont vos autres priorités ?
L’économie reste le moteur pour pouvoir vivre et pouvoir manger etc. Mais l’une des autres priorités, c’est la santé. Un secteur qui coûte beaucoup d’argent à la province et au pays car on n’a pas d’hôpital. Il faut que les médecins se sentent bien aux îles pour qu’ils puissent rester dans nos centres médicaux. On met beaucoup d’argent dans les soins, mais il faut aussi développer davantage de prévention. Et surtout mettre en avant et protéger la médecine traditionnelle, les alicaments, pour que nos enfants apprennent à vivre de cela dès le plus jeune âge. Les écarts sociaux nous préoccupent aussi. On constate qu’il y a des familles qui n’ont pas de douche, pas de toilettes, pas d’eau, pas d’électricité… L’habitat social est également une priorité.

Vous travaillez dans le tourisme. Quelles sont les problématiques liées à ce secteur ?
Il faut restructurer ce secteur. La province a financé des projets comme l’accueil en tribu, mais il y a encore beaucoup de choses à développer, à commencer par la formation et l’accompagnement des structures. On sait accueillir, donner un lit, à manger… Mais ce n’est qu’une partie du métier. D’une manière générale, sur nos îles quand nos chefs d’entreprise se cassent la figure, c’est parce qu’ils ne sont pas gestionnaires. Il existe déjà des dispositifs comme la Case des entreprises, mais il faut être encore plus près des gens et développer des partenariats avec les chambres consulaires.

Quels seront vos leviers en tant qu’élue provinciale face au poids des chefferies dans les prises de décision ?
Les chefferies sont incontournables. On ne peut pas faire de projet politique sur terre coutumière sans elles. C’est normal. C’est pour cela qu’on demande dans les projets de financements des actes coutumiers au préalable. C’est un dispositif lourd à mettre en place car il faut aller voir tous les clans. Mais à partir du moment où les coutumiers voient l’importance d’un projet économique et l’intérêt pour le peuple, c’est tout à leur avantage.

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