RETRAITES : 3 QUESTIONS À … BAPTISTE FAURE, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA CPME-NC, Made In 11.05.2019

Made In : Quelle est la position de la CPME-NC concernant la retraite de base Cafat ?

Baptiste Faure : La caisse de retraite de base Cafat est gérée localement et elle est pilotée par les partenaires sociaux. Aujourd’hui il y a plusieurs enjeux notamment au niveau structurel puisque la caisse commence à être déficitaire. En effet, les derniers chiffres prouvent qu’elle a des réserves financières, mais qu’elle est déficitaire depuis 2018. Autrement dit, elle verse plus de pensions qu’elle ne collecte de cotisations. On ne peut pas rester sur un schéma actuel avec une caisse déficitaire, car on risquerait de ne plus pouvoir payer les pensions à terme. Pour ces raisons, la CPME-NC a travaillé avec les autres partenaires sociaux à une position et des propositions communes permettant d’ajuster les modalités de fonctionnement cette caisse de retraite. Cette position commune valide notamment la possibilité d’un passage de l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans d’ici 2026 ainsi qu’une diminution progressive du taux de rendement (NDLR Le rapport cotisations/pensions).

Les retraites complémentaires font actuellement polémique. Quel est votre avis ?

F. : Philippe Germain a demandé une étude pour savoir combien les Calédoniens versaient en cotisations à l’année et combien de pensions étaient reversées en Nouvelle-Calédonie. Ces chiffres montrent que les Calédoniens payent chaque année 28 milliards de francs de cotisations pour 8 milliards de pensions versées. Certains seraient amenés à penser, au regard de ces chiffres, qu’il y a un problème et que les Calédoniens payent pour la pension des expatriés ainsi que pour une partie des retraites de métropole. Entraînant par conséquent une question : ne serait-il pas judicieux de rapatrier les retraites complémentaires en local ? À la CPME-NC, nous sommes partagés. Selon nous, la méthode du gouvernement n’est pas la bonne, car trop brusque. Elle risque, et c’est déjà le cas, de braquer les partenaires sociaux. Nous pensons de notre côté que nous ne disposons pas d’assez d’études ni de chiffres clairs pour entamer une vraie réflexion, et donc établir une position arrêtée sur le sujet. Par ailleurs, se pose notamment la question du coût de cet éventuel rapatriement. Sur le fond, nous ne nous interdisons pas de réfléchir, car, d’une part, la bonne gestion de la caisse de retraite Cafat montre la compétence des partenaires sociaux dans le domaine – or ces derniers n’ont que très peu de moyens de gouvernance sur la retraite complémentaire qui est gérée en métropole – ; et d’autre part, il faut aussi prendre en compte les réformes en cours au niveau national. La réforme des retraites proposée par Emmanuel Macron risque de bouleverser le système métropolitain et notamment les retraites complémentaires… Mais nous ne savons pas quel sera l’impact de cette réforme nationale sur les retraites complémentaires des Calédoniens.

Quelles sont aujourd’hui les préconisations de votre organisation ?

F. : Il est vrai que beaucoup de questions restent en suspens. Aujourd’hui, pour bien faire, il faudrait déjà bien prendre en compte les spécificités locales de la Nouvelle-Calédonie, avec, en premier lieu, une démographie qui n’est pas la même, composée d’une population calédonienne encore jeune. À vrai dire, aujourd’hui il nous faudrait des éléments d’analyse clairs, incontestables et pertinents pour une réelle étude de la situation. Nous pourrions ainsi établir les bénéfices ou les inconvénients de rester rattachés à la caisse complémentaire métropolitaine. De son côté, la CPME-NC a déjà émis quelques propositions dans son livre blanc. Parmi elles, celle de mettre en place un haut-commissaire totalement neutre pour s’occuper de cette question des retraites. Selon nous, il y a un vrai besoin de réflexion générale. Tout est à analyser : le système par répartition ou le système par capitalisation, ou encore la question des retraites pour les patentés. Je rappelle que pour l’instant ils peuvent cotiser à la Cafat s’ils justifient 5 ans de salariat en Nouvelle-Calédonie. Nous sommes pour lever cette barrière des cinq ans puis pour instaurer une obligation pour les indépendants de s’inscrire à un régime de retraites, quel qu’il soit… C’est une question parmi tant d’autres ! Selon moi, le contexte politique a aussi un rôle à jouer. À l’approche des provinciales, le débat est encore plus vif… qui va porter quoi comme réforme ? À suivre de très près donc…

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