RETRAITES : CASSE-TÊTE AUTOUR DES RETRAITES COMPLÉMENTAIRES, « Cafat / régime » Made In 11.05.2019

Depuis quelques mois, un bras de fer entoure les retraites complémentaires et plusieurs questions sont soulevées. Faut-il revoir le lien avec le régime national Agirc-Arcco ? « D’urgence », répond Philippe Germain, président du gouvernement, qui pointe « des milliards perdus chaque année ». Du côté des partenaires sociaux, on met en garde contre des « effets d’annonce » et contre les risques présentés par la création d’une caisse locale. Explications.
Comme c’est souvent le cas, la situation de la Nouvelle-Calédonie est bien particulière. D’abord, il faut savoir que plusieurs régimes de retraite cohabitent sur le territoire. Aux régimes de base (les retraites Cafat pour les salariés du privé, ou la CLR pour les fonctionnaires territoriaux), s’ajoutent les régimes complémentaires. En 1995, un accord interprofessionnel a généralisé en Nouvelle-Calédonie, la cotisation à l’Agirc (Association pour le régime de retraite complémentaire des salariés) et l’Arrco, qui ont récemment fusionné. C’est ainsi qu’a été mis en place un régime national de retraite par répartition, qui compte au total 18 millions de cotisants et 12 millions de bénéficiaires, rattachés à des caisses différentes. En Nouvelle-Calédonie, Humanis International Agirc-Arrco (HIAA, la fusion de la CRE et de l’Ircafex rassemble des salariés du Pacifique et des Français de l’étranger) couvre environ 80 % des salariés (soit près de 90 000 personnes) et près de 90 % des retraités.

INTERROGATIONS COMMUNES AUTOUR DES CHIFFRES
En décembre 2017, lors de son discours de politique générale, le président du gouvernement a commencé à soulever la question des retraites complémentaires. Plus récemment, en janvier dernier, il décide de s’appuyer sur une étude qui pointe un déséquilibre entre les cotisations versées par les Calédoniens et le retour en termes de pensions.

« Notre régime de retraite Cafat prélève annuellement 32,2 milliards de cotisations pour reverser 32 milliards de pensions à environ 33 300 retraités. En revanche, le régime complémentaire Agirc-Arrco prélève 28 milliards par an de cotisations pour ne reverser que 8 milliards aux retraités calédoniens. Voilà pourquoi les Calédoniens ne perçoivent au total que 9 % des pensions versées par la CRE-Ircafex, alors qu’ils contribuent à hauteur de 32 % des ressources », écrivait Philippe Germain dans un communiqué du gouvernement émis le 28 janvier dernier. « Nous devons, sans attendre, sortir de ce système et développer notre propre régime de retraite complémentaire », estime le président du gouvernement.

Le débat est donc ouvert. Car, si de nombreux partenaires sociaux, administrateurs de la Caisse, dénoncent « la méthode » du président du gouvernement, chez les retraités, l’idée d’une sortie du régime inquiète foncièrement. Les 20 milliards ? « De la poudre aux yeux », pointe Bruno Heuea, le secrétaire général du Soenc-Retraites et aussi porte-parole de l’Intersyndicale des retraités. Selon lui, le chiffre serait « inexact », ne tenant pas compte de la mobilité des salariés ou des « avantages » négociés avec l’Agirc-Arrco. Mais un autre facteur est pris en compte par le gouvernement, celui de la question de la démographie qui n’est pas la même en Calédonie par rapport à la métropole. Pour Philippe Germain, « l’évolution de la démographie métropolitaine implique des ajustements réguliers que la Calédonie, plus jeune, est condamnée à subir d’année en année ». Des données qui interrogent donc et qui ouvrent la porte à toute une série de réflexions du côté des décideurs, mais aussi des partenaires sociaux…

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