Faut-il avoir peur de la diphtérie ? « Cafat/santé » LNC 15.05.2019

PRÉVENTION. Techniques d’analyse affinées et développement des prélèvements expliquent le nombre en hausse de cas de cette maladie bactérienne. Une augmentation qui met également en lumière le recours trop fréquent à des antibiotiques à large spectre.
Affection bactérienne très contagieuse
La diphtérie est une infection bactérienne très contagieuse qui se transmet entre humains. Due, notamment, à la bactérie Corynebacterium diphtheriae, elle peut prendre une forme respiratoire ou cutanée. On reconnaît la maladie à la formation de membranes blanchâtres ou grisâtres dans la gorge et parfois le nez, entraînant des difficultés à déglutir et à respirer. Dans le cas de diphtérie cutanée, ces membranes se retrouvent au niveau d’une plaie. Concrètement, il s’agit souvent d’une infection cutanée qui persiste. En Nouvelle-Calédonie, on ne trouve que des formes cutanées de la diphtérie.

Est-ce grave ?
Dans certains cas, la bactérie produit une toxine qui peut se propager dans le corps et causer des atteintes sévères au cœur, aux reins et au système nerveux.

D’où vient cette recrudescence ?
De quatre en 2016, le nombre de cas en Calédonie a grimpé à vingt-deux cette année. Une augmentation qui s’explique à la fois par la mise en place, en 2016, par certains laboratoires de biologie médicale calédoniens, d’une technique d’identification bactérienne beaucoup plus performante et à une politique de prélèvement sur les plaies de plus en plus développée, notamment en province des Îles, tout particulièrement à Lifou. La grande majorité des cas de 2019 étaient des diphtéries cutanées et aucune forme sévère n’a été constatée, preuve de l’efficacité de la vaccination, dont le rôle est de protéger des complications dues à la toxine de la bactérie. Ces cas de diphtérie cutanée ont été traités par antibiothérapie.

Traitement : vaccin ou antibiotiques ?
A chacun son rôle : les vaccins ont pour but de prévenir des complications graves, les antibiotiques celui de détruire les bactéries. « La vaccination contre la diphtérie permet de protéger contre les complications liées à la toxine diphtérique », explique le Dr Martine Noël, de la Direction des affaires sanitaires et sociales (DASS). Elle a permis de réduire de 90 % le nombre de cas notifiés dans le monde entre 1980 et 2000. « La vaccination est d’autant plus importante en Calédonie que l’on sait que la bactérie circule. Il est important de rappeler aux adultes que des rappels pour ce vaccin sont à faire à 25, 45 et 65 ans, puis tous les dix ans », souligne-t-elle.

Antibiorésistance
Les cas d’infections cutanées par la diphtérie observés en Calédonie révèlent un autre problème plus général au niveau des soins des plaies cutanées, notamment le recours trop fréquent à des antibiotiques à large spectre : « Ces antibiotiques agissent sur un grand nombre de bactéries et ce sont ceux qui génèrent le plus de résistance. L’Augmentin est, par exemple, classé comme critique par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) », détaille Claire Fouquet, pharmacienne hygiéniste à la DASS.

En Calédonie, les conséquences sont bien là : « Le niveau de résistance du staphylocoque doré (la bactérie la plus fréquemment retrouvée dans les infections cutanées) ne cesse d’augmenter. En 2017, on le retrouvait sous sa forme résistante dans 33 % des prélèvements réalisés. En 2018, on a atteint les 40 %, alors même qu’en Métropole, cette résistance ne s’élève qu’à 15 % et est en recul. »

Comment s’occuper d’une plaie ?
Première étape : se laver les mains avec de l’eau et du savon, nettoyer la plaie avec un savon antiseptique, ou avec de l’eau et du savon avant de la désinfecter avec un spray antiseptique si l’on a utilisé un savon classique. On va ensuite recouvrir la plaie avec un pansement, « pour ne pas la surinfecter avec des salissures ou des bactéries, mais aussi pour éviter de contaminer son environnement et de transmettre l’infection à d’autres personnes », précise Claire Fouquet.

Si la cicatrisation ne se fait pas au bout de quelques jours ou que la plaie s’étend, qu’elle présente des rougeurs, du pus ou si de la fièvre apparaît, il est nécessaire de consulter un médecin.

« Celui-ci pourra alors effectuer un prélèvement qui permettra, après analyse, de déterminer le germe et de mettre en place, si nécessaire, un traitement antibiotique adapté », conclut le Dr Noël.

Le cercle infernal de l’antibiorésistance
Les antibiotiques n’ont aucun effet sur les virus (rhume, grippe, bronchite, gastro…) mais uniquement sur les bactéries.

Une fois en contact avec des antibiotiques, ces fameuses bactéries peuvent mourir ou devenir résistantes. Plus on prend d’antibiotiques, plus on les rend résistantes. La première précaution consiste donc à ne prendre des antibiotiques que s’ils ont été prescrits par un médecin ou par un dentiste. Attention aussi à bien respecter les doses et la durée du traitement, car nombreux sont ceux qui l’interrompent dès qu’ils se sentent mieux.

Or, les bactéries les plus sensibles sont tuées les premières, ce qui réduit les symptômes les plus importants. Mais les plus résistantes vont se développer et si l’infection réapparaît, elle sera encore plus compliquée à soigner.

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