« Il n’y a pas d’autre moyen que d’arriver à un programme de gouvernance partagé » LNC 31.05.2019

Thierry Santa n’est pas tendre avec la méthode de gouvernance de la précédente mandature.
Numéro deux sur la liste l’Avenir en confiance, l’ancien président du Congrès est souvent cité pour prendre la tête de l’exécutif. Il préfère pour l’heure évoquer sa volonté de changer son mode de gouvernance et d’essayer de trouver un projet de consensus. Les Nouvelles calédoniennes : Comment avez-vous vécu l’élection de Roch Wamytan ?

Thierry Santa : J’ai été très désagréablement surpris. Pour être tout à fait sincère, je m’attendais à ce qu’il se passe quelque chose. Je pensais que l’Eveil ocanien pourrait faire élire un président indépendantiste, mais que le reste de l’institution serait loyaliste. Ou l’inverse. La surprise vient du fait qu’ils aient tout donné aux indépendantistes, sans exception. C’est la première fois que l’on a un Congrès totalement indépendantiste.

Quelles leçons avez-vous tirées de ce vote ?

Nous avons pris du recul en prenant acte de la capacité de l’Eveil océanien à agir de cette manière. Et nous avons pris, au sein de l’Avenir en confiance, un peu de hauteur. Nous nous sommes dit que c’était peut-être l’opportunité de mettre en oeuvre ce que nous avions de toute façon l’intention de faire au sein du gouvernement. C’est-à-dire, changer le mode de gouvernance, en revenant à l’esprit initial du gouvernement collégial, avec une plus grande concertation interne avant qu’un texte arrive en séance du gouvernement et, a fortiori, sur le bureau du Congrès.

Par sa façon d’agir, l’Eveil ocanien nous incite à aller dans ce sens, tous ensemble, y compris du côté des indépendantistes.

Vous avez effectivement lancé un appel dimanche pour la création d’un gouvernement de consensus, mais pourquoi avoir écarté Calédonie ensemble ?

La réaction de Calédonie ensemble le jour de l’élection de Roch Wamytan a consisté à nous faire passer pour les responsables de ce résultat. Il ne faut pas oublier que nous avons voté pour leur candidate. Nous avons eu le sentiment qu’ils s’étaient clairement mis en opposition frontale et qu’ils sont restés dans une logique basique loyalistes-indépendantistes. Or, la démarche d’ouverture que nous avons lancée sort de ce cadre traditionnel. Nous n’avons pas le sentiment qu’ils vont dans le sens de l’évolution des mentalités. Bien entendu, s’ils changent d’attitude et reviennent à de meilleurs sentiments, ils seront les bienvenus autour de la table.

Nous sommes persuadés de notre côté que si nous arrivons à trouver ce consensus au gouvernement, et ce malgré un contexte binaire absolu lié aux référendums, ce sera très rassurant pour la population, pour l’Etat et même au niveau de l’ONU.

Soit nous restons dans cette logique binaire, avec des risques d’affrontements, qui pourraient être réels, sociaux et pas que politiques, soit nous profitons de cette occasion pour changer les choses et essayer, au contraire, de montrer notre capacité à sortir par le haut de cette situation.

En dehors du désaccord sur l ’avenir institutionnel avec les indépendantistes, il existe aussi des visions politiques et économiques très différentes entre vous. Comment réussir à trouver un consensus ?

C’est toute la difficulté qui nous attend, mais je ne vois pas d’autre moyen que d’arriver à un programme de gouvernance partagé à partir de nos programmes respectifs. Il faudra peut-être mettre en stand-by les éléments de divergence les plus lourds. Tout le monde sait que la lutte contre les inégalités sociales, dont personne n’a le monopole, ne pourra être efficace que si l’économie redémarre.

C’est fondamental et cela passe par de la confiance. Il faut que les chefs d’entreprise, les entrepreneurs aient confiance en leur avenir pour investir, développer leur activité ou en créer de nouvelles. Ce n’est pas impossible si les responsables politiques ont conscience de cette situation.

Peut-on imaginer qu’il n’y aura qu’une liste de gouvernement proposée au vote du Congrès ?

Honnêtement, j’ai du mal à le faire. Il faudrait être très optimiste, voire utopiste. L’idée est quand même de trouver une majorité solide qui partage ce programme gouvernemental commun avec le nouveau mode de gouvernance.

Car nous sommes les seuls à avoir un gouvernement représentatif de l’assemblée. L’idée de départ était d’avoir la démarche la plus consensuelle possible quant aux décisions à prendre pour le pays. Et l’objectif de l’Avenir en confiance est de mettre en place des règles qui permettent de retrouver cet esprit initial. Il y a des moyens d’agir sans avoir la façon de faire très dictatoriale de Calédonie ensemble. Il faut que tous les textes passent par les réunions de collégialité avant d’arriver aux séances du gouvernement. Le futur président doit l’imposer. Il doit être un chef d’orchestre, un animateur, le garant de cette collégialité. Je ne dis pas que tous les textes doivent faire consensus, mais qu’ils doivent tous être partagés et donner lieu à des échanges. Pour les gros sujets, les comités de pilotage pourraient être plus ouverts à la société civile.

Vous avez été président du Congrès et êtes donc rôdé aux débats entre les différents groupes politiques, pensezvous pouvoir être le candidat du consensus ?

La question n’est pas là aujourd’hui. Il faut déjà mettre en place le programme et le mode de gouvernance. On verra ensuite qui peut faire quoi et dans quel domaine. On mettra des noms après. Je pense cependant qu’une partie importante de la population a soutenu les propositions économiques de l’Avenir en confiance et il me paraît inenvisageable que les représentants de l’Avenir en confiance ne jouent pas un rôle de premier plan en la matière.

Concrètement, où en sont les discussions aujourd’hui ? Et qui participe ?

Nous avons entamé des discussions avec plusieurs composantes du Congrès et j’espère qu’elles se poursuivront avec tout le monde la semaine prochaine. Nous avons bien sûr mis sur la table la réforme du mode de gouvernance et l’idée du programme de gouvernance partagée.

« Soit nous restons dans cette logique binaire, avec des risques d’affrontements, qui pourraient être réels, sociaux et pas que politiques, soit nous profitons de cette occasion pour changer les choses. »

« Nous avons entamé des discussions bilatérales avec différentes composantes du Congrès et j’espère qu’elles se poursuivront la semaine prochaine avec tout le monde. »

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