« Il faut exécuter le plan de sauvetage, et le plus rapidement possible » LNC 11.06.2019

« Pour être optimiste sur le futur, il faut d’abord survivre dans le présent. Le plan de sauvetage est capital » note Dominique Katrawa. Sur le marché du nickel, « les fondamentaux sont bons ».
La SLN, qui diffuse son rapport d’activité 2018 aujourd’hui, continue de perdre un milliard de francs par mois. Intenable. Deux des trois leviers du plan de sauvetage sont d’ores et déjà actionnés, mais leurs effets sur les comptes ne sont pas instantanés. Il y a urgence. Les Nouvelles calédoniennes : La SLN aiche, pour l’exercice 2018, une perte de 10,7 milliards de francs. Soit un milliard par mois environ. La société est-elle toujours sur ce rythme ?

Oui, nous sommes toujours sur cette pente. En 2018, nous avons fortement subi l’impact du blocage de Kouaoua au niveau de la production minière, donc de la production de métal : 54 250 tonnes de nickel, soit 2 000 tonnes de moins qu’en 2017. Conclusion – et c’est la raison principale -, un résultat net de -11 milliards de francs en arrondissant, contre -15 milliards l’année précédente. Par ailleurs, notre cash-cost (coût de production réel, NDLR) s’est nettement dégradé. En 2017, il était de 4,90 dollars US la livre de nickel. Fin 2018, nous avons clôturé à 5,80 dollars.

« Chiffre plus récent, celui du mois d’avril, il reste 13 milliards à peu près en caisse. »

Au terme de 2018, plus de 60 % du prêt Eramet-Etat de 63 milliards de francs avait été consommé. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Il restait en effet 20 milliards de francs environ. Chiffre plus récent, celui du mois d’avril, il reste 13 milliards à peu près en caisse. Il va donc falloir vivre avec cette somme jusqu’à la fin 2019. Selon nos hypothèses, nous aurons épuisé la totalité de ce prêt probablement mi-2020. Voilà pourquoi il faut accélérer au niveau des « leviers » du plan de sauvetage. Pour l’instant, nous avons les deux premières cases cochées. Il reste la troisième. Il ne faut pas oublier que l’effet des mesures n’est pas immédiat, mais arrive un peu plus tard, plusieurs mois après. Il faut exécuter le plan de sauvetage, et le plus rapidement possible.

Existe-t-il la crainte de consommer plus rapidement les 13 milliards, sur l’année ?

La crainte peut toujours exister. Tout dépend aussi du LME (le cours du nickel au London Metal Exchange, la Bourse de référence, NDLR) : il est à 5,30 dollars US la livre de nickel (en fin de semaine dernière, NDLR). C’est un facteur déterminant, qui peut accélérer la consommation de cash.

Premier levier, le renforcement des exportations. L’autorisation a été accordée pour céder 4 millions de tonnes humides de minerai par an. Pas de grain de sable ?

Nous avons obtenu l’autorisation. Après, il faut mettre en oeuvre. Cette mise en oeuvre est toujours un peu plus complexe. Il faut discuter avec les populations, recruter, acheter du matériel… Nous avons un peu anticipé. Nous sommes sur le sujet. L’idée est d’arriver en 2021 au régime de croisière, c’est-à-dire 4 millions de tonnes par an. Un volet sociétal va accompagner ce programme. Nous avons créé une direction RSE à la SLN, ou Responsabilité sociétale de l’entreprise. L’équipe est en place. Nous allons ouvrir deux bureaux : à Koné et un second sur la côte Est, du côté de Houaïlou. Un des objectifs est d’améliorer le relationnel avec les populations locales.

Où en sont les discussions avec la SMSP sur le million de tonnes de minerai pour l’usine SNNC en Corée du Sud ?

Nous sommes toujours en discussions. On échange en ce moment sur la possibilité de finaliser un MoU (Memorandum of understanding, ou accord de principe, NDLR).

Deuxième levier, le temps de travail…

A la SLN, 60 % du coût de revient est lié à l’énergie et à la masse salariale. Il faut agir sur la productivité. Sur mine, ce sont les 147 heures. Il y a eu la grève, notamment à

Thio pendant trois mois. Aujourd’hui, les quatre centres sont opérationnels, à 100 %. Ensuite, à l’usine, nous sommes passés à quatre équipes depuis mai.

Reste le troisième volet, la réduction à court terme du prix de l’énergie. Y a-t-il eu des avancées ?

Quand on parle d’énergie, on parle d’abord de l’efficacité énergétique, un chantier interne à la SLN. En clair, mieux consommer l’énergie. On a fait de gros progrès à l’usine. Et il y a deux chantiers externes. Le service du délestage : nous avons fini par trouver un accord avec le gouvernement. Enfin, gros dossier, le coût de l’énergie.

Nous sommes à 16 francs le kilowattheure (l’hydroélectricité de Yaté, NDLR). Une baisse est souhaitée. Les discussions ont débuté avec le précédent gouvernement, dans un esprit de coopération mutuelle entre les parties. Nous attendons que le nouveau gouvernement soit installé pour pouvoir aboutir à un traitement rapide du sujet.

Les échanges ont parfois été musclés. Qu’en était-il juste avant les élections provinciales ?

Sollicitée à titre d’expert, la Commission de régulation de l’énergie* a formulé en avril une proposition intéressante. Une proposition gagnant-gagnant. Il s’agit de connecter le tarif de l’électricité au cours du nickel au LME.

Nous avons là une base de discussion, avec cette proposition sur la table. C’est un sujet crucial pour nous.

« La Commission de régulation de l’énergie a formulé une proposition intéressante. »

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