Le gouvernement élu jeudi, avec ou sans président? LNC 11.06.2019

Le gouvernement sortant pourrait bien continuer à expédier les affaires courantes pendant quelques semaines.
Le Congrès se réunit jeudi en séance solennelle pour élire les onze membres du futur gouvernement. S’agissant d’un scrutin de listes, et puisque le poids électoral de chaque force politique est connu, la composition du prochain exécutif sera sans surprise. Thierry Santa est candidat à la présidence, mais tout le monde ne l’entend pas de cette oreille.

Comment sera composé le prochain gouvernement, nous le saurons jeudi avec certitude. Par qui sera-t-il présidé ? C’est une autre histoire qui mettra peut-être du temps à s’écrire.

Après-demain, le Congrès se réunit en séance solennelle pour élire les onze membres du nouveau gouvernement. Quatre listes ont été déposées. L’une par l’Avenir en confiance et l’Eveil océanien, dont les noms ont été rendus publics. Les trois autres l’ont été par l’Union calédonienne, par l’UNI et par Calédonie ensemble. La composition de ces trois listes n’a pas été rendue publique par les mouvements politiques, et pas non plus par le Congrès qui attend qu’elles obtiennent l’estampille officielle du haut-commissariat. Mais il va de soi que des noms circulent avec plus ou moins de vraissemblance.

Toutes ces listes comportent quatorze noms (soit onze membres potentiels du gouvernement, augmentés de trois suivants).

C’est Thierry Santa qui est en tête de la liste possédant le plus fort potentiel. Celle de l’Avenir en confiance qui compte dix-huit élus au Congrès, à laquelle se sont agrégés deux candidats venus de l’Eveil océanien qui en compte trois : Vaimua Muliava sera en cinquième position et Veylma Falaeo en neuvième position. La présence de Thierry Santa en tête de cette liste signifie clairement qu’il sera candidat à la présidence du gouvernement. Il a d’ailleurs déclaré publiquement son intention de l’être. Sera-t-il élu ? Sans doute pas tout de suite car l’unique membre de Calédonie ensemble ne lui fera pas cadeau de sa voix sans une longue discussion sur une série de questions. Il devrait s’agir de Philippe Germain qui avait annoncé vouloir s’éloigner de la politique mais que les circonstances ont sans doute amené à revoir ses intentions.

Le secrétaire général du mouvement, Philippe Michel, a été très clair quant à la posture qui sera celle de leur unique représentant au sein de l’exécutif. « Nous avons été écartés de toute responsabilité à la province Sud. Nous avons été écartés de toute responsabilité au Congrès, de toute discussion en vue de la formation du gouvernement. Nous ne voterons évidemment pas pour un indépendantiste, mais nous ne voterons pas non plus pour Thierry Santa à moins d’une profonde remise à plat. »

Il semble même que Calédonie ensemble préférerait voir Thierry Santa élu grâce au soutien de l’UC. Après tout, l’Avenir en confiance a bien eu des discussions avec l’Union calédonienne lors de ces derniers jours. Mais pour que Thierry Santa devienne président, le plus logique serait que le futur gouvernement comporte une majorité de six non-indépendantistes. Or à ce stade, l’alliance entre l’Avenir en confiance et l’Eveil océanien n’est arithmétiquement assurée que de quatre sièges avec ses vingt et un votants. La possibilité pour les indépendantistes d’obtenir six sièges est très mince, mais elle existe. Tout dépend de l’attitude de deux noninscrits : Nicolas Metzdorf et Louis Kotra Uregeï. Si le premier venait à s’abstenir ou à ne pas voter pour la liste tirée par Thierry Santa, et que, dans le même temps, le second donnait sa voix à la liste de l’UNI, c’est cette dernière qui obtiendrait un siège de plus et, au passage, une majorité indépendantiste. Cette fenêtre, certes très étroite, a bien été identifiée par les principaux mouvements politiques qui y sont allés ces jours derniers de leur petite opération séduction envers les deux élus concernés.

L’étape qui se profile comporte donc une certitude et une interrogation. La certitude, c’est qu’après-demain jeudi, les onze membres du futur gouvernement seront élus par les 54 conseillers du Congrès. L’interrogation concerne l’élection du président de l’exécutif, condition nécessaire pour qu’il devienne opérationnel.

L’article 115 de la loi organique prévoit que le haut-commissaire dispose de cinq jours pour convoquer les nouveaux nommés afin d’élire leur président et leur vice-président de l’exécutif.

En général, il le fait séance tenante, sauf s’il a la certitude que la démarche n’aboutira pas.

Tant qu’un président n’est pas élu, c’est le précédent gouvernement qui expédie les affaires courantes. Ce fut le cas, entre autres, du gouvernement Ligeard, démissionné en décembre 2014, mais resté en mode « expédition des affaires courantes » jusqu’au 1er avril 2015, date à laquelle Philippe Germain a été élu grâce au vote des membres UC de l’exécutif, sur consigne de leur président Daniel Goa.

Le cap selon l’Eveil océanien

Après avoir permis l’élection de Roch Wamytan à la présidence du Congrès, l’Eveil océanien a présenté une plate-forme économique et sociale qui le plaçait clairement dans le voisinage idéologique de l’Avenir en confiance.

Ce qui devait arriver arriva, les deux mouvements ont fait liste commune pour l’élection du gouvernement.

La volée de bois vert ne s’est pas fait attendre en provenance des indépendantistes, et particulièrement du Rassemblement démocratique océanien, fustigeant l’inconstance du mouvement de Milakulo Tukumuli. Dans un communiqué, le jeune parti réaffirme qu’il a « toujours été un mouvement libre qui ne cède pas à la peur mais a foi en la capacité des deux blocs à dépasser leurs positions partisanes. »

Il rappelle aussi que la main tendue par l’AEC l’était aussi en direction de l’Union calédonienne. Il affirme enfin que sa stratégie politique obéit à trois paramètres : l’agilité, le pragmatisme et l’engagement, et enfin le don de soi.

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