Nouveau blocage institutionnel LNC 14.06.2019

Sitôt élus, les membres du futur exécutif ont posé pour une photo de famille… éclatée.
Les onze membres du futur gouvernement ont été élus hier. Mais pas le président, faute de majorité. C’est donc l’exécutif sortant, présidé par Philippe Germain, qui va expédier les affaires courantes dans l’attente de nouveaux accords. Le haut-commissaire tentera une nouvelle élection dans deux semaines.

« Mesdames et Messieurs je vous félicite pour votre élection, et je vous souhaite… bon courage. » Du haut de son perchoir, Roch Wamytan a provoqué un éclat de rire général hier matin dans l’enceinte du Congrès, lors de la proclamation des résultats de l’élection des membres du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Du courage et de la patience, il en faudra aux onze nouveaux élus du gouvernement avant de parvenir à constituer un exécutif en ordre de marche, c’est-à-dire doté d’un président, d’un vice-président, et de secteurs d’animations attribués aux uns et aux autres.

Car une heure plus tard, convoqués par le haut-commissaire dans la salle de délibération de l’immeuble de la route des Artifices, les nouveaux membres se sont quittés sur un constat d’échec. Trois personnes ont fait acte de candidature à la présidence : Thierry Santa pour l’Avenir en confiance, il a obtenu cinq voix ; Gilbert Tyuienon pour l’UC-FLNKS et Nationalistes, il a obtenu trois voix ; et Jean-Pierre Djaïwé pour l’UNI, il a obtenu deux voix. Quant à Philippe Germain, tout à la fois président sortant et nouvel élu du gouvernement de Calédonie ensemble, il s’est abstenu comme l’avait annoncé son parti. Du coup, personne n’a obtenu les six voix constituant la majorité absolue. Pas de président élu donc. La séance a été levée et le haut-commissaire convoquera une nouvelle élection dans deux semaines, en espérant que d’ici là, les discussions entre les uns et les autres auront permis de trouver les accommodements suffisants pour dégager une majorité. Mais c’est loin d’être sûr. Des blocages similaires s’étaient déjà produits entre loyalistes en 2014, puis en 2017. Et à chaque fois, les indépendantistes avaient débloqué la situation au bout de trois à quatre mois. Mais le contexte était différent, nous n’étions pas encore entrés dans la période référendaire. Cette fois, les partis indépendantistes ne seront pas aussi conciliants, ils verraient même d’un bon oeil un renvoi d’ascenseur en leur faveur. Un retour de coutume. En attendant, c’est le gouvernement sortant, c’est-à-dire celui de Philippe Germain, qui reste en place et se contente « d’expédier les affaires

courantes. » C’est-à-dire ni loi ni délibération.

BUDGET SUPPLÉMENTAIRE ?

Cette situation est spécialement préoccupante alors que le Congrès doit entrer bientôt en session administrative, les élus devraient s’intéresser en urgence au sauvetage du Ruamm à la préparation de la sortie du régime de contrôle des marges instauré depuis la mise en place de la TGC, (c’est pour le 30 septembre prochain) ainsi qu’au budget supplémentaire.

On est donc entré dans un nouveau bras de fer. Après Cyntia Ligeard et Bernard Deladrière en 2015, Christopher Gygès en 2017, c’est à présent Philippe Germain qui empêche l’élection d’un président et l’installation effective du nouvel exécutif.

Si cette situation devait durer plus longtemps qu’à l’habitude, et que le budget 2020 de la Nouvelle-Calédonie ne pouvait pas être voté, c’est le budget 2019 qui serait reconduit à l’identique, par douzièmes, par le haut-commissariat.

Aucune action nouvelle ayant des conséquences financières ne pourrait être entreprise.

De son côté, Philippe Germain resterait le président en titre. Un paradoxe pour celui qui annonçait, il y a quelques semaines, son intention de se retirer de la politique.

Réactions des groupes politiques et des candidats à la présidence

Gilbert Tyuienon Candidat UC « Un retour de coutume »

« Nous constatons que les forces non-indépendantistes n’ont pas été capables de constituer une majorité pour élire un président. Une fois de plus. Ce fut le cas déjà en 2015 et en 2017 et à chaque fois nous avons pris la responsabilité de débloquer la situation. Mais cette fois, nous sommes résolus à proposer une autre gestion. Nous voulons démontrer qu’une autre politique est possible. Nous avons identifié plusieurs pistes de travail. Quant à la façon d’obtenir une sixième voix, à ceux d’en face de voir ce qui est possible. Nous sommes dans un pays où se pratique le retour de coutume.

Nous allons donc discuter et travailler en ce sens. »

Jean-Pierre Djaïwé Candidat UNI « C’est à eux de s’entendre »

« Quand on connaît la situation du pays depuis quelques années, il faut se mettre rapidement au travail et avoir à l’esprit ce caractère collégial du gouvernement pour apporter, ensemble, les solutions à cette situation difficile. Par le passé, les indépendantistes sont intervenus pour faire élire Philippe Germain. Aujourd’hui, si nous nous retrouvons dans cette situation-là, c’est à cause de l’instabilité du côté des non-indépendantistes. Sauf que côté indépendantiste, nous ne sommes que cinq. Avec six sièges, les nonindépendantistes ont la possibilité d’avoir la majorité. C’est donc à eux de s’entendre. Donc nous verrons si les indépendantistes doivent de nouveau intervenir. Mais il faut bien avoir à l’esprit que les difficultés que l’on pourrait connaître, ce sera de leur responsabilité, pas de la nôtre. »

Thierry Santa Candidat Avenir en confiance « Dommage pour les Calédoniens »

« Aucune majorité n’a pu se dégager. Je pense que c’est dommage pour les Calédoniens qui attendent qu’un gouvernement se mette en place le plus vite possible. Je trouve qu’il est dommage que nous ne puissions pas avoir eu un esprit de responsabilité allant dans ce sens. J’espère que tout le monde va entendre l’appel que l’Avenir en confiance a lancé afin d’organiser un gouvernement collégial, dans lequel chaque sensibilité pourra s’exprimer. A présent, le haut-commissaire envisage de convoquer à nouveau le gouvernement dans une quinzaine de jours, sauf si d’aventure un accord intervenait plus tôt. Je ne désespère pas que cet esprit de responsabilité touche tous mes collègues afin qu’on puisse se mettre rapidement au travail. »

Philippe Michel Calédonie ensemble « Nous sommes exclus »

« Il n’y a pas eu de surprise dans cette élection. Quant à la présidence du gouvernement, nous avons décidé de ne pas apporter notre voix à un candidat dont le groupe a décidé d’exclure Calédonie ensemble de toute responsabilité à la province Sud comme au Congrès. Inversement, l’Avenir en confiance et l’Eveil océanien ont ouvert des discussions avec le FLNKS pour former, je cite, un gouvernement de consensus. Ils ont donc la possibilité de sortir du blocage de cette façon.

Je constate enfin que l’Avenir en confiance et l’Eveil océanien portent un programme économique et social que nous ne partageons pas et que nous considérons comme dangereux. »

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